Etat de Palestine ?

Les accords d'Oslo ont certes lancé une dynamique, peut-être aujourd'hui irrésistible, mais le bilan est maigre. Sur de très nombreux points, la situation s'est très nettement dégradée avec l'application des accords et alimente une opposition dont la justesse des arguments est difficilement contredite. Les Palestiniens ont vu une partie de leurs revendications reconnue par la fin de l'occupation militaire dans plusieurs agglomérations. Mais cette occupation était de toute façon provisoire. Dans le même temps, la colonisation de la Cisjordanie suit la logique du fait accompli. De nombreux responsables palestiniens s'interrogent sur ce qu'il restera finalement à négocier. Combien de colons le gouvernement israélien pourra-t-il dédommager lors des retraits indispensables des populations ? Comment envisager d'ailleurs l'évacuation de colonies comme celle d'Ariel, avec hôpital, écoles, plusieurs milliers de logements ? Des colons qui ne sont pas expulsés sont-ils prêts à vivre sous autorité palestinienne ? Une frontière zigzaguant entre les colonies qu'Israël ne souhaite pas évacuer a-t-elle un quelconque avenir ?
Et qu'en est-il de cette population arabe de l'Etat hébreu, qui ne se reconnaît pas israélienne mais palestinienne ? Les responsables israéliens vont-ils admettre, sous la pression des intellectuels d'Israël et d'ailleurs, que leur pays est directement responsable des camps de réfugiés où s'entassent encore dans la misère des millions de Palestiniens, en Palestine, au Liban, en Jordanie, en Syrie, et ne plus déplacer la responsabilité de cette situation sur les pays arabes ?

Il est difficile de croire que les Israéliens, qui affirment vouloir la paix, aient compris ce que la paix implique, c'est-à-dire un minimum de justice, d'égalité des droits et de réparation. On peut douter aussi que les Israéliens, qui reconnaissent aujourd'hui en majorité le droit aux Palestiniens de créer leur Etat, en aient saisi les conséquences, sur la continuité géographique nécessaire, le non-enclavement, la souveraineté sans limite de la Palestine comme celle dont jouit l'Etat hébreu. Aujourd'hui, le passé est peut-être trop lourd pour envisager, au moins dans un premier temps, un unique Etat binational sur l'ensemble de la Palestine historique.

L'histoire s'est souvent joué dans cette région par la personnalité de quelques dirigeants. Ehoud Barak, le nouveau premier ministre, est un militaire de haut rang qui a batti sa carrière sur ses faits d'armes contre la résistance palestinienne et qui inspire de légitimes doutes aux partisans de la paix. Son propre parti le désignait en 1998 comme le Nétanyahou-bis, un "faucon" parmi les travaillistes (on désigne ainsi les partisans de la méthode "musclée" envers les Palestiniens). A l'inverse de Pérès, qui voyait l'avenir d'Israël et de la Palestine en une large confédération, Barak est davantage un "séparatiste", favorable à l'Etat de Palestine dans la mesure où il sépare les deux populations. Barak pourrait manquer d'une moitié intellectuelle et diplomate, de la même façon que le couple Rabin-Pérès avait fonctionné, et semble pressé de régler ce qui peut l'être, en gelant le traitement des questions essentielles.

Un accord israélo-palestinien qui passerait sous silence les problèmes fondamentaux, l'occupation et la judaïsation de la Jérusalem arabe, l'avenir de la population palestinienne d'Israël, la légitimité du principe d'un droit de retour aux réfugiés et une souveraineté réelle de l'Etat de Palestine, n'offrirait qu'un sursis, en attendant l'avènement d'un véritable respect des peuples, de leur identité.
 
 
 

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