L'introduction du papier et la
diffusion du livre ont contribué au développement de l'illustration et
de l'enluminure.
Ce sont les ouvrages de médecine, de
zoologie, d'astrologie qui dans un premier temps sont illustrés,
tandis que l'usage d'enluminer le Coran se généralise.
Les oeuvres de fiction sont plus
rarement agrémentées. A quelques exceptions : le Kalila wa Dimna, dont
le texte est utilisé pour l'apprentissage d'un arabe de qualité ; le
Maqamat d'al Hariri de Bassora (mort en 1122) qui retrace les
aventures du rusé Abu Zayd ; le Shahnama de Firdawsi, long
poème de 60 000 distiques qui a donné matière aux enluminures les plus
spectaculaires.
La calligraphie s'inscrit au coeur de
l'art arabo-Islamique. Selon la tradition, l'écriture est un don divin
(enseigné à Adam). De plus, l'arabe est la langue du message de Dieu
transmis aux hommes par Muhammad. La perfection du Coran est la preuve
de sa nature supérieure : depuis toute éternité, le texte coranique
est écrit sur une tablette céleste que seuls les anges peuvent
contempler.
Dès lors, écrire c'est entrer en
contact avec le divin et recopier le Coran c'est comme effleurer la
parole du Dieu. Voilà pour les origines de la belle écriture.
Cependant, les plus anciennes formes
d'écriture arabe (le coufique) sont anguleuses et irrégulières en
raison du principal support utilisé : la pierre. Mais l'écriture va
s'étendre à toutes sortes de surface (papier, parchemin, bois,
céramique, textiles...) et les graphies se multiplient. Et le coufique
lui-même va gagner en harmonie et rythme et devenir feuillu, tressé,
quadrangulaire...
Ibn Muqla (mort en 940), vizir de
Bagdad et " prince des calligraphes " a codifié les proportions de
l'écriture et a défini les six écritures de base (de l'écriture " du
copiste " aux écritures plus ornementales). D'autres types sont venus
s'ajouter au répertoire classique : le ghubar (écriture
miniature), le makus (en miroir)...
Avec Ibn Muqla, la calligraphie devient
une science des proportions et un art du geste, une géométrie et un
envol. Les calligraphies deviennent des pièces recherchées et
couteuses : elles se placent sur un marché et atteignent des prix
étonnants (ce qui encourage les faussaires...). Les calligraphes
bénéficient du statut social le plus élevé parmi les artistes.
Mais la notion d'art se démarque de la
tradition occidentale. En effet, le calligraphe ne produit pas une
oeuvre indépendante et autonome, il ajoute la valeur de la beauté à
des objets qui pré-existent et qui ont une fonction utilitaire
(vaisselle, livres, murs...). Bref, il ornemente un support, il décore
la réalité. Il est l'artisan qui pare l'enveloppe des choses.
La calligraphie livre les clefs de
l'ornementation arabo-Islamique. Celle-ci s'éloigne de la
représentation réaliste de la nature pour affirmer la valeur
décorative des lignes et des entrelacs et tendre vers l'abstraction en
une sorte de végétation exhubérante et une géométrie imaginaire.